Friday, January 12, 2007


Portrait emprunté à Ailleurs magazine (www.ailleursmagazine.com)


Bernard Moitessier


Bernard Moitessier est né en 1925 en Indochine. Il naviguera dans sa jeunesse avec les pêcheurs du golfe du Siam avant de descendre vers les mers du sud et les hautes latitudes. Des premières navigations avec les marins d'Asie, il en sortira cet amour de la mer qui fera de lui un homme libre en quête d'aventures et de découvertes.
Consacrer une page à Bernard Moitessier relève de la gageure tellement il y aurait à dire. Inconditionnel du personnage, j'ai lu et relu tous ses bouquins et sa place au sein du magazine me paraissait toute naturelle. Bernard était un adepte de la simplicité, c'est dans cet esprit que cette page lui sera donc dédiée en essayant de faire ressortir les messages qu'il a su si bien transmettre. (hb.Ailleursmagazine)

Photo Claudia Fuller" Voile mers lointaines, îles et lagons"

"Le sillage s'étire, blanc et dense de vie le jour, lumineux la nuit comme une longue chevelure de rêve et d'étoiles. L'eau court sur la carène et gronde ou chante ou bruisse selon le vent, le ciel, selon que le couchant était rouge ou gris"
C'est ainsi que commence le récit de "La longue route", roman publié chez Arthaud en 1971 écrit par Bernard Moitessier. Très certainement un des plus beau livres de mer ayant suscité des tas de projets de tour du monde et fait naître des vocations d'aventuriers chez beaucoup de navigateurs en herbe. Livre magnifique, écrit lors d'un tour du monde et demi, soit près de 10 mois de navigation, histoire d'un homme et de son bateau, histoire d'un homme et de ses angoisses, de ses rêves entre mer et ciel, avec les étoiles pour l'assister et les oiseaux pour l'écouter."La longue route" ne peut laisser indifférent, les quelques extraits reportés sur ces pages susciterons, du moins je l'espère, l'envie d'en connaître un peu plus et de partir à la rencontre de ce personnage hors du commun.

"Je suis citoyen du plus beau pays du monde. Un pays aux lois dures mais simples cependant, qui ne triche jamais, immense et sans frontières, où la vie s'écoule au présent. Dans ce pays sans limite, dans ce pays de vent, de lumière et de paix il n'y a de grand chef que la mer"

Bernard Moitessier maniait magnifiquement les mots et en lisant certains passages de ses livres, il est facile de comprendre que des rêves de tour du monde à la voile ont germé ensuite dans beaucoup d'esprits, extrait :
" Et voilà, nous avons pris la décision de partir, parce que notre instinct nous y poussait, peut-être même de tout larguer, nous avons humé l'air du large, senti l'ivresse des premières traversées, nous nous sommes creusé la tête sur les nombreux problèmes rencontrés sur la route et nous avons sué pour les résoudre. Nous avons découvert notre île sous le soleil des tropiques, nous avons fait ensemble le tour du lagon magique, du platier où gronde la houle puissante venue de l'horizon et de l'atoll aux vertes palmes habitées par les dieux éternels de l'alizé. "
C'était en 1969. Après avoir franchi le Cap Horn en tête des concurrents de la première course autour du monde, au lieu de remonter vers l'Atlantique nord et l'Angleterre pour couper la ligne d'arrivée en vainqueur, Bernard Moitessier prenait une décision incroyable. Il mettait le cap au sud, vers la Polynésie.
Inventeur, marin génial, vagabond, écrivain, cultivant la simplicité, Bernard Moitessier était tout cela réuni. Transmettre son savoir sans jamais vouloir se poser en exemple, ne pas hésiter entre le simple et le compliqué, laisser de coté le superflu qui finissait toujours par embarrasser.Cette simplicité, cette humilité l'ont toujours poussé vers l'avant, de mer en mer, d'atoll en atoll, poussant toujours plus loin l'étrave de son bateau.

"Devenir ami avec les dieux en vaut la peine, cela leur fait plaisir et ils nous emmènent alors de temps en temps dans la troisième dimension où les choses s'éclairent et se transforment en évidences limpides et efficaces, je sais de quoi je parle, je les ai souvent fréquentés ...ici et là-bas."

Plusieurs romans ont rythmés la vie de Bernard Moitessier. "Cap Horn à la voile", "Vagabond des mers du Sud", "La longue route" et son dernier ouvrage " Tamata et l'alliance" que Bernard souhaitait absolument terminer avant de mourir. Ce dernier livre est comme l'ultime message qu'il laisse. "Participer à l'évolution du monde en transformant nos rêves en actes créateurs". Un conte magnifique, un témoignage et à la foi un cri d'alarme en direction de tous.

Pour bien comprendre son parcours , je ne peux vous conseiller que de les lire tous.Tous les extraits rapportés sur ces pages sont issus de"La Longue route" et de "Tamata et l'alliance" , "Voile, mers lointaines , îles et lagons" parus chez Arthaud. A noter également la parution d'un livre écrit par Dominique Charnay, un ami proche de Bernard Moitessier "Bernard Moitessier, le chemin des Iles" paru en 1999 chez Glénat.

"Tout est en ordre. Je sens une grande paix, une grande force en moi. Je suis libre. Libre comme je ne l'ai jamais été. Uni à tous pourtant, mais seul en face du destin. C'est l'aube. Le brouillard s'est dissipé. Les maisons de Capetown sont bien visibles, très proches et si lointaines. De grandes bouffées chaudes traversent la baie, venues de tous ces foyers. Puis le froid, l'indifférence... puis la chaleur encore. Comme des vagues."

Bernard Moitessier est décédé le 16 juin 1994, il aimait dire qu'il était citoyen du monde, il repose en paix dans une petite commune du Morbihan, le Bono, si vous passez le saluer un jour, vous trouverez deux mots qui lui tenaient à coeur et qui sont inscrits sur un morceau d'ardoise qui fait office de sépulture.

"Salut et Fraternité"

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